Je ne connaissais rien de Philippe Quesne ni du Vivarium Studio. Je suis allée totalement au pif voir cette Mélancolie des dragons, car cela faisait une éternité que je n’avais pas vu un spectacle au Centre Pompidou et le titre était joli.
Lorsque j’arrive vers 20h20, le hall du forum est bondé de gens jeunes, beaux et bien sapés, et les malheureux qui n’avaient pas réservé à l’avance sont mis sur une liste d’attente. Ainsi donc Philippe Quesne semble connu et apprécié des branchés. Ce qui ne me rassure pas vraiment avant d’entrer dans la salle, mais je suis curieuse.
Le grand plateau plongé dans la pénombre est couvert de neige synthétique et bordé d’arbres maigrichons. Au milieu, une citroën AX illuminée de l’intérieur, dans laquelle 4 types chevelus boivent des bières en écoutant « Back in black » de AC/DC, puis tout un tas de morceaux de hard rock, métal ou pop, zappant joyeusement de l’un à l’autre. On les voit discuter entre eux, sans pouvoir entendre ce qu’ils se disent. C’est très cinématographique.
Une petite bonne femme aux cheveux courts et frisés, la cinquantaine juvénile, portant lunettes, jean, t-shirt Metallica et blouson en synthétique, arrive de derrière les arbres. Les gaillards aux cheveux longs sortent de leur voiture pour la saluer. On comprend qu’ils sont en panne dans ce paysage enneigé, et qu’elle vient les dépanner. Elle ouvre le capot de la bagnole, l’inspecte un instant, tandis que les mecs l’observent, un peu penauds, en sirotant des bières. De la fumée sort du moteur. Elle leur annonce qu’il va falloir attendre 7 jours l’arrivée d’une nouvelle tête de delco. « Remarquez, vous êtes bien ici », dit-elle sans rigoler.
La déception du groupe fait rapidement place à l’envie de faire une démonstration à Isabelle de ce que transbahutent les garçons dans la remorque tractée par leur AX. Ils sont en tournée avec leur petit parc d’attraction qu’ils installent ici et là.
Toute la suite sera la mise en action de ce parc d’attraction dérisoire, fait d’installations bizarres, telle cette vitrine ambulante dans laquelle sont suspendues des perruques agitées par un ventilateur, avec effet lumières et fumigènes. Comme le concert d’un groupe de métal invisible. Il y a aussi une machine à bulles, des machines à neige, une fontaine pathétique (un tuyau dans une bassine en plastique), des bâches en plastique gonflables, sur lesquelles l’on projette des annonces pour le parc d’attraction… Les garçons se relaient pour faire la démonstration à Isabelle de leurs attractions un peu minables, dont ils sont fiers comme des petits garçons, et elle regarde et participe à tout avec une patience et un enthousiasme un peu interloqué, mais de plus en plus chaleureux.
C’est très drôle, je ris beaucoup, notamment face à une hilarante interprétation de « Still lovin’you » de Scorpion à la guitare et flûte à bec. Il y a une auto dérision permanente qui me fait penser aux « films minute » de Boris Du Boullay. Du théâtre mou, pour anti-héros du quotidien, comme on en voit finalement peu sur les planches. C’est aussi très mélancolique sous ces dehors potaches, il y a un sentiment un peu languissant de l’enfance, d’une simplicité perdue. Très belle fin, lorsque les garçons déploient 5 immenses bâches noires rectangulaires gonflables et les dressent debout dans cette forêt enneigée. La silhouette d’Isabelle, frêle et solitaire devant ces dragons de plastique.
La mélancolie des dragons de Philippe Quesne / Vivarium Studio, vu au Centre Pompidou.
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