Promenade à Chalon dans la rue

Chalon dans la rue 2009Chalon dans la rue existe depuis 22 ans, et c’est un des rendez-vous incontournables pour qui aime l’art dans la rue, porter un autre regard sur une ville et ses lieux habituellement voués au commerce et à la surveillance policière. Un festival plus petit que son pendant cantalien d’Aurillac, où tous les publics se mélangent joyeusement, enfants, parents, grands parents, habitués du « spectacle » et « non avertis ». C’est ce que j’aime ici.

Cette année, j’y ai flâné 2 jours. Récit des quelques rencontres que j’ai pu y faire.

J’ai commencé par la compagnie Athra qui jouait Diva Dimitri, du « théâtre absurde ». Mauvais choix, c’était brouillon et absurde certes, mais au sens vide du terme. Dommage.

Mais le programme fourmille de propositions et la suite allait me requinquer. La Grande Déroute du Cirkatomik : du très bon théâtre de rue burlesque, un rien grand guignolesque. Deux chauffeurs routiers psychopathes qui sur leur route pour livrer des melons à Cavaillon rencontrent un boy scout arrièré et tentent de l’assassiner. Excellents comédiens et de l’invention (ils ont reconstitué une cabine de camion sur roulettes).

Puis enchaînement pas terrible sur Cirq’Ulation Locale, qui fait du trampoline ultra énergique, mais hélas dans un esprit un peu trop acrobatico-acrobatique sur fond de musique racoleuse.

Chabatz d'EntrarEn début de soirée, j’ai ensuite vu une petite perle, la compagnie Chabatz d’Entrar qui jouait Mobile, spectacle de planches. Trois gaillards, un grand costaud et deux petits musclés qui font une heure de cirque d’une simplicité absolue : leur décor est entièrement constitué de longues planches de frêne qu’ils utilisent pour faire du mât chinois, grimper, les assembler en constructions plus ou moins bancales. Le tout avec un très bon esprit, entre rudesse de charpentier un rien clownesque, et le pur plaisir de l’acrobatie – techniquement excellente. Un numéro de bascule russe vraiment super, qui fait peur (aucune sécurité et beaucoup d’audace). Il y a peut-être quelques petites mollesses vers les 3/4 mais dans l’ensemble, un travail très enthousiasmant. Je suis allée les voir ensuite, c’est des gars du Limousin, dont deux qui sortent du CNAC. Le spectacle existe depuis 2 ans, la compagnie depuis une dizaine d’années. Avant ils faisaient de la rue, en ce moment du cirque de rue, dans une recherche de simplicité, de dépouillement, de retour aux basiques, en réaction aux spectacles de plus en plus technologiques que l’on voit. Bref, ils me plaisent bien.

J’ai ensuite croisé la route des Tango Sumo, mais les conditions (plein de gens de 2m devant moi) ne m’ont pas permis de voir vraiment ce qu’ils faisaient (apparemment, de la danse d’inspiration arts martiaux).

A ce moment-là j’ai été rejointe par mon amie Aurore et sa petite fille qui venaient passer la soirée à Chalon. On est allées voir ensemble Le Cri de Kumulus. Une heure trente d’un théâtre politique et volontaire. Des bons comédiens. Des images fortes. Plusieurs personnages incarnant divers travailleurs (boucher, chercheur, banquier, boulangère, rmiste précaire, ouvrier, sportive) qui petit à petit deviennent fous sous la pression d’un politicien qui les dirige comme des moutons. Quelques longueurs tout de même, parfois des choses un peu trop soulignées à mon goût, mais un très beau final dans lequel tout le public se retrouve avec eux dans un élan solidaire, et je me dis qu’il faut que de telles propositions continuent d’exister.

Nous sommes ensuite allées voir Chez Cocotte, théâtre à vapeur de Carabosse. Géniales inventions inutiles, ça souffle, ça crépite et ça explose dans la nuit, et deux mécanos très sympathiques pour actionner le tout. Mais vers la moitié la petite Milena (1 an et demi) en a eu marre, et du coup on s’est eclipsées avec Aurore pour ne pas emmerder les autres spectateurs avec ses pleurs.

Vendredi matin à la première heure, je suis allée voir Le Nettoyeur de Vent qui officie tous les jours de 8h à midi sur la pelouse du Palais de Justice. Je suis restée une heure, à me réveiller lentement au sons enregistrés des oiseaux qu’il dissémine dans les arbres. Bon, le gars est sympa, mais franchement tout ça reste très anecdotique. Je ne sais pas si tout son discours sur les méthodes pseudo magiques qu’il aurait apprises auprès de la tribu des Mayahanas sur une île du Pacifique est à prendre au 1er degré… Si oui, ça manque de quelque chose qui fasse vraiment décoller l’intérêt qu’on lui porte, au-delà du côté « sympa-écolo-new age » de la démarche. Il suspend des grigris faits maison dans les arbres, les asperge de jus de champignon et demande de faire attention à cette nature qui nous entoure. Et c’est tout.

Escarlata Circus - Devoris CausaEnsuite je suis allée voir Devoris Causa de Escarlata Circus. Et alors là c’est autrement génial, dans le genre végétal ! Deux cuisiniers aux trognes pas possible (la charmante Bet et l’incroyable Jordi, présence maximum dans son marcel blanc, et sa gueule fantastique) nous accueillent dans un tout petit chapiteau-cuisine de 50 places. Ils nous offrent un sauté de légumes qu’ils viennent de préparer en grommelant en espagnol. Délicieux. Je ne raconterai pas la suite pour ceux qui ne l’ont pas encore vu. La trame est finalement assez simple, mais ce qui est génial ce sont les 2 personnages de Jordi et Bet, la folie douce, la fureur, l’humour et la générosité avec lesquels ils font danser les légumes et voler les couteaux. J’adore.

Puis la compagnie Les Boucans, 2 filles qui jouaient Comment je suis devenu un horrible terroriste de proximité. Un titre alléchant, qu’on ne retrouve pas forcèment dans leur spectacle. Mais du vrai théâtre de rue burlesque et tragique, et d’excellentes comédiennes vraiment cinglées, qui savent jouer avec le public avec leurs personnages absurdes. C’est irracontable tellement c’est délirant, on passe un bon moment.

Ensuite le Group Berthe qui jouait The Zen : 2 danseuses un peu sexy qui proposent une séance collective de « the zen », méthode de relaxation. Evidemment elles sont tout sauf zen, totalement hystériques, nous entraînent à masser nos voisins avec des balles de tennis, en alternance avec des numéros de danse. Un peu décousu, il manque un truc pour que la mayonnaise prenne vraiment, mais sympa.

J’ai fini sur Délices Dada et leur création Rushs. Alors là c’est très ambitieux. Une sorte de grande fresque quasi muette avec nombreux personnages (des flics, une juge, une bonne soeur, une jeune rebelle, un gars des cités, une pouffe blonde…) qui vont et viennent sur un espace tout en longueur. Bruitages technoïdes, interactions plus ou moins conflictuelles des personnages. C’est très plastique, très cérébral aussi. On a perdu pas mal de spectateurs en route. Je ne me suis pas ennuyée, mais je n’ai pas tout compris. A la croisée des arts plastiques et d’un théâtre politique, pourquoi pas, je respecte l’ambition, mais ça reste un peu abscons pour moi…

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