
The Ipcress file, film anglais réalisé en 1965 par Sydney J. Furie, ressort cette semaine en copie neuve sous le titre Ipcress : danger immédiat.
(je me demande pourquoi les distributeurs français se croient souvent obligés de faire les malins en traduisant des titre anglais ? Un simple Le dossier Ipcress aurait fait l’affaire, mais non, il fallait qu’ils ajoutent ce « danger immédiat » un peu niais, qui ne sied pas du tout à un film par ailleurs intéressant).
Michael Caine y incarne Harry Palmer, espion anglais flegmatique. On pense évidemment à un autre espion british, le fringant James Bond, mais Palmer en est l’antithèse. Il vit dans un petit appartement de l’East London où il aime cuisiner, parle avec une pointe d’accent cockney et pas mal d’insolence à sa hiérarchie qui lui demande de remplir des rapports administratifs, pense d’abord à son augmentation quand on lui propose une nouvelle mission. Le début du film est vraiment très amusant car Caine incarne parfaitement ce grand dadais blond aux grosses lunettes carrées, l’air de se foutre de tout, et surtout d’être « au service de sa Majesté » – d’ailleurs son chef le traite de pregnant camel (chamelle enceinte).
Le seul point commun entre les deux espions du cinéma anglais serait peut-être leur intérêt pour les filles (birds). Mais pendant que James Bond drague en jet-ski sur la baie de Rio, Palmer propose une omelette maison à sa dulcinée.
Cependant, les deux sont accompagnés en musique de fond par l’excellentissime John Barry, et son univers musical classieux reconnaissable entre mille.
John Barry : The Ipcress file (main theme)
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Si j’ai beaucoup aimé le personnage de Palmer tel que joué par Caine, le scénario, qui tourne autour de l’enlèvement d’un scientifique travaillant sur l’atome à qui on a effacé la mémoire, m’a semblé un peu capillotracté, surtout sur la fin du film. Sombre histoire d’agents doubles, jeu d’identités multiples… 
Cependant Nigel Green est excellent en very chic major moustachu et vrai faux gentil.
Sur le plan formel, The Ipcress file se révèle un film particulièrement stylé : les personnages sont très souvent filmés en contre-plongée, ce qui donne un effet grandiloquent et théâtral qui renforce le sentiment que toute cette histoire n’est qu’une farce. Sydney J. Furie affectionne ainsi les cadrages audacieux, en diagonale, à travers des grillages, des montants de fenêtres, des abats-jours… Bref, c’est pop, c’est 1965, c’est swinging London. Drôle de contraste avec cette volonté affichée au départ de faire un film d’espionnage plus réaliste, plus terre-à-terre que la flamboyante saga des Bond…
Au final, un film excellent au début, un peu mou du genou ensuite, mais globalement plutôt étonnant.