
Les voyages de Sullivan (Preston Sturges, 1941)
Vu hier soir un film assez étrange de Preston Sturges (réalisateur que je connais mal), Les voyages de Sullivan, qui date de 1941.
L’histoire est celle d’un réalisateur hollywoodien connu et célébré pour ses comédies légères (un double de Sturges ? joué par Joel Mc Crea), qui soudain s’entiche de faire un film sur la pauvreté. Comme ses producteurs effarés lui font remarquer qu’il n’y connait rien en pauvreté, il décide de se grimer en clodo et d’errer à travers le pays pour vivre la misère et ainsi nourrir son projet de film.
En route il rencontre Veronica Lake, blonde beauté mutine, qui décide de le suivre dans cette aventure saugrenue. Ils « jouent aux pauvres », ce qui est franchement ridicule et un peu révoltant. Mais l’aventure tourne réellement mal et Sullivan se retrouve condamné au bagne dans la jungle. Il y est battu, humilié, traité comme un chien. Cependant le dimanche, leur garde chiourme emmène les prisonniers au cinéma, et tous ces malheureux rient aux éclats en regardant Mickey Mouse, oubliant ainsi l’horreur de leur vie.
Sullivan, une fois libéré, comprend qu’il vaut mieux faire des films drôles et amuser les gens plutôt que de les enfoncer avec des films sur la misère, qu’ils connaissent déjà trop.
Le film s’ouvre d’ailleurs sur un carton rendant hommage aux amuseurs, aux clowns, au gagmen, tous ceux qui font rire et briller l’espoir.
Oui certes.
En même temps, aucun regard sur les compagnons clochards ou prisonniers de Sullivan, ils ne sont que ses faire-valoir dans la mise en scène de Sturges, un élément de décor pour le couple Mc Crea-Lake.
Et si faire des films légers et rigolos soulagent les miséreux un instant de leur réel, n’est-ce pas aussi les détourner de la révolte possible ?
Je suis un peu rabat-joie.
Extrait vidéo : la rencontre entre Sullivan (Joel McCrea) et Mary Wilson (Veronica Lake) :