1973

Massimo Furlan : 1973
1973 © Massimo Furlan

Massimo Furlan continue avec 1973 son exploration scénique de la mémoire, du temps qui passe et des souvenirs qui nous construisent. Il choisit cette fois comme support le concours Eurovision, sommet du kitsch qui berça son enfance et celle de millions de gens.

Lorsque le spectacle commence, le plateau est presque nu à part des bouquets de fleurs chatoyantes au sol et un grand écran vide. L’écran s’allume et la voix de Pierre Tchernia nous annonce que nous allons assister au grand concours Eurovision de la chanson 1973.

C’est Massimo Furlan lui-même qui va incarner – et chanter en live – les différents concurrents et concurrentes de chaque pays. Il apparaît à chaque fois dans une nouvelle tenue improbable, robe de satin bleue, costard chamarré, et moumoutes über-brushées. Il enchaîne comme ça en temps réel une, deux, trois, quatre, cinq, six chansons, à chaque fois entrecoupées par les délicieux commentaires off de Tchernia.

Le procédé est audacieux car on pourrait vite s’ennuyer (comme on s’ennuie en vrai devant l’Eurovision à la télé !) mais en fait, je suis vite prise au jeu, fascinée par le mélange de ridicule assumé par Massimo et l’évident plaisir qu’il prend à jouer chaque personnage à fond, jusqu’au bout du kitsch, chantant à plein poumons (dans toutes les langues, et pas toujours très juste mais on s’en fout) chaque morceau d’euro-variétoche, tellement too much que ça en devient émouvant.

Et puis le dispositif est brisé de façon comique par un musicien en fond de scène (incarné par le philosophe et écrivain Bastien Gallet), qui interpelle Massimo Furlan sur la différence entre la variété et la pop music, le rapport que nous construisons à cette culture populaire… Bientôt, le dialogue s’enrichira de la participation d’un autre philosophe, Serge Margel, alias Cliff Richard (!), et de l’ethnologue Marc Augé qui surgit du public et nous est présenté comme le père de Massimo…

Massimo Furlan : 1973
1973 – Massimo Furlan, Marc Augé et Serge Margel, © Massimo Furlan

Sous le regard un peu interloqué de Furlan (et le mien !) une sorte de colloque s’improvise entre tous ces personnages sur ce qu’est la musique populaire, la symbolique d’une star de la chanson, le phénomène de possession physique et quasi magique qu’elle implique, en quoi il ressemble à certaines pratiques rituelles dans des tribus lointaines… C’est passionnant, car les invités sont de haut niveau, mais de ces esprits brillants qui ont le don d’expliquer les choses les plus complexes de la façon la plus audible à la néophyte que je suis.

Parfois les dialogues sont entrecoupés, parasités par des images fantômatiques qui apparaissent derrière l’écran : les chanteurs de l’Eurovision 1973 qui dansent et chantent au ralenti dans une brume, fantômes flottant au-dessus de ce mini congrès de savants enthousiastes. Et toujours là, Massimo Furlan dans son costume de satin violet pailleté et sa perruque-choucroute noire, le parfait Candide.

On rit, on s’étonne, on réfléchit. Tous les participants sont d’un naturel confondant – notamment les acteurs amateurs que sont Augé, Gallet et Margel, je me demande comment Furlan obtient ça d’eux ! – qui contraste encore plus fort avec l’atmosphère scintillante et suréelle de l’Eurovision.

1973 est une vraie réussite, beaucoup plus pour moi que You can speak, you’re an animal (2009), dont j’avais trouvé les images parfois trop faibles, en comparaison avec les puissants morceaux de Killing Joke dont elles étaient inspirées. Ici, tout se mêle avec grâce, humour et intelligence, et je sors du théâtre en ayant envie de chanter.

1973 de Massimo Furlan, vu au Théâtre de la Cité internationale.

2 réflexions au sujet de « 1973 »

  1. Bonjour,

    Contente que le spectacle vous ait plu :) Massimo Furlan est un des artistes en résidence au Théâtre de la Cité Internationale de l’année 2010/2011 et il réapparaitra cet été avec un nouveau projet, intitulé « Madre », réalisé avec le concours des étudiants résidents de la Cité Internationale.

    Plus d’infos seront disponibles sur notre site internet, si cela vous intéresse, à partir de Janvier.

    A bientôt au Théâtre de la Cité !

    Héloïse
    Lecomte
    Chargée de communication

  2. Merci à vous, je suivrai les prochaines aventures de Massimo Furlan avec attention. Et bravo à toute l’équipe du Théâtre de la Cité internationale pour son travail et sa programmation percutante !

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