Lors de mon court passage à Salzburg, j’ai pu visiter ce week-end le Museum der Moderne (MdM) sur la colline de Mönchsberg. Lorsqu’on parvient au sommet de la colline, la vue sur la vieille ville de Salzburg est fantastique, surtout en cette période de neige.
Dans le parc autour du MdM, on peut commencer sa visite par le Sky Space de James Turrell, une tourelle de pierre dans laquelle on peut s’asseoir pour regarder le ciel à travers le trou découpé dans le toît.

Dans le bâtiment du MdM juste à côté, il y a en ce moment 3 expositions d’art moderne et contemporain, mais une surtout a retenu toute mon attention : « Im Blätterrausch » – qui se traduit par quelque chose comme « Dans le bruissement des feuilles ». Il s’agit d’une présentation de dessins, aquarelles et collages du début du XXème siècle, issus de la collection permanente du MdM. Et quelle collection ! Des Kurt Schwitters, des Oskar Kokoschka, des Otto Dix, des Egon Schiele, des Alfred Kubin…
Beaucoup de choses fabuleuses donc, mais un petit dessin tout simple m’a marquée plus que tout le reste. Je ne sais pas bien pourquoi. C’est une de ces images que je « reconnais » immédiatement, comme si elle et moi nous avions une histoire secrète et familière ensemble, que moi-même je ne connais pas, mais que j’éprouve immédiatement… C’est un phénomène assez rare, et que j’accueille avec joie et gratitude.
Il s’agit d’un simple portrait d’un paysan aveugle (Blinder Bauer), au fusain sur du papier transparent, de Margret Bilger. Le visage de ce vieil homme aveugle, au trait très léger qui se fond sur le papier transparent, m’a immédiatement dit quelque chose, un « bruissement » (ein Rausch) imperceptible mais magnifique…
Malheureusement, je n’ai pas pu photographier ce Blinder Bauer, et impossible de le retrouver sur le net…
Quant à son auteur, Margret Bilger, je n’en avais jamais entendu parler. C’est une artiste autrichienne de la première moitié du XXème siècle, dont la fiche Wikipedia n’existe qu’en allemand. Je la traduis ici de mon mieux pour les non-germanophones :

Margret Bilger
Margret Bilger, artiste autrichienne née le 12 Août 1904 à Graz, décédée le 24 Juillet 1971 à Schärding.
Elle a suivi des études à l’école des arts décoratifs de Graz puis de Vienne. Après l’échec de son premier mariage à Graz, elle se retire de plus en plus dans la maison de sa grand-mère à Taufkirchen an der Pram (nord de l’Autriche).
En 1938 elle fait la connaissance de Alfred Kubin, qui reconnaît rapidement la qualité de ses gravures sur bois, lui prodigue des conseils amicaux et lui ouvre les portes du milieu des arts.
Son travail de peinture sur verre commence à partir des années 50, dans l’atelier de vitrail de Stift Schlierbach, qui devient un second lieu de vie pour l’artiste.
Margret épouse en 1953 le peintre Hans Joachim Breustedt (1901-1984), issu de l’école du Bauhaus. Elle se convertit en 1966 à l’Eglise catholique romaine, et meurt le 21 Juillet 1971 à Schärding am Inn.
Elle fut d’abord connue pour ses gravures sur bois de fil, qui sont une variante des gravures expressionnistes. Margret Bilger est une des rares artistes de son temps qui laisse derrière elle une oeuvre graphique imprimée inimitable.
À partir de 1950 elle rencontre le succès comme peintre sur verre avec des vitraux pour des églises d’Autriche, des Etats-Unis et d’Allemagne. Son travail sur verre est très important et unique en son genre.
Elle est présentée à la Biennale de Venise en 1952, dans des expositions à New York (1952 et 1956), décorée de la médaille d’or pour son vitrail de la Pfarrkirche Liesing (Vienne 1954) à l’exposition internationale d’art chrétien. Elle est à l’apogée de sa gloire au milieu des années 50.
Alors que de nouveaux courants artistiques apparaissent à partir des années 60, l’oeuvre tardive que crée Margret Bilger est jusqu’ici peu connue en dehors de l’Autriche : oeuvres textiles, peintures sur verre, aquarelles et dessins.
[source : Wikipedia, traduction approximative !]
Son travail sur bois est en effet merveilleux pour ce que je peux en voir sur le site internet de la maison Bilger-Breustedt à Taufkirchen an der Pram, la maison de la grand-mère de Margret, où elle vécut ensuite avec Hans Joachim, et qui est désormais devenue musée . Son travail de fibres textiles semble également intéressant. J’espère pouvoir visiter cette maison un jour.

© Margret Bilger : Kuh (1938-1939)

© Margret Bilger : Jakob und der Engel (1941)

© Margret Bilger : Vertreibung aus dem Paradies
J’aime la touche très personnelle de cet article, la façon de dire l’émotion d’une image qui vient à votre rencontre