
Dos à Deux : Fragments du désir – photo © Xavier Cantat
La compagnie franco-brésilienne Dos à Deux suit depuis 1997 un parcours aux frontières du mime, de la danse, du théâtre d’objets. Artur Ribeiro et André Curti, ses fondateurs, se disent « bougeurs de théâtre ». Et ça leur va bien : ils ont vraiment l’art de mettre en mouvement les corps, les matières et les objets, pour créer un tourbillon d’images et de sensations qui laissent une grande part aux rêveries, à l’inconscient du spectateur.
C’est dans cet état que je me suis trouvée hier soir devant leur dernière création « Fragments du désir ». Une oeuvre peut-être encore plus personnelle que les précédentes (« Aux pieds de la lettre », « Saudade »…) car elle semble au moins en partie autobiographique.
Avec une extrême délicatesse, on évoque ici, sans un mot ou presque, le parcours de vie d’un homme (Angelo, interprété par André Curti) blessé dans son enfance, qui tente à travers ses rêves et ses désirs de redonner sens et beauté au monde.
Par fragments scintillants (de lumière ou de noirceur), les douleurs et les joies de ce personnage surgissent de l’ombre du plateau pour flotter un instant devant nos yeux, avant d’être engloutis dans le noir.
Le père d’Angelo (interprété par Artur Ribeiro) est un vieillard grabataire en fauteuil roulant, à l’origine de tous les maux. Des marionnettes au fond du plateau, dans la pénombre, transcrivent l’horreur indicible, fugitivement.
Une femme (la mère ? la servante ? la Femme ?, interprétée par Maria Adelia) corsetée, visage sévère, gestes précis, pousse le fauteuil roulant, apporte le thé, fait bouillir un grand oiseau pour le dîner. Elle porte sur la tête, en guise de chapeau, un somptueux lustre de cristal.
La nuit, pour échapper à l’horreur du passé, pour réinventer sa vie, Angelo se transforme en flamboyante chanteuse de cabaret. Il est suivi par son ombre (Matias Chebel) qui danse sur de hauts talons aiguilles rouges et fait onduler des ailes pailletés au son d’une poignante musique qui dit le désir d’être un autre, de ne plus être étranger à soi-même.
L’amour semble enfin possible lorsqu’un aveugle (Artur Ribeiro) vient jeter une fleur aux pieds de la belle de nuit. Des bras immenses se déploient pour l’enlacer.
On pense un peu aux films de Pedro Almodovar, mais en plus doux, plus pudique, moins tonitruant. On est dans un conte. D’une intense sensibilité. D’une extrême précision, et pourtant tout en suggestions, effleurements, qui font doucement monter les larmes au yeux.

Dos à Deux : Fragments du désir – photo © Xavier Cantat
Compagnie Dos à Deux : « Fragment du désir »
Vu au Centre culturel Gérard Philipe de Champigny sur Marne
Ecriture, mise en scène et chorégraphie : Artur Ribeiro et André Curti
Interprété par Maria Adelia, Matias Chebel, André Curti et Artur Ribeiro.
Musique originale : Fernando Mota
Teaser vidéo :
Dos à Deux part maintenant en tournée en Ukraine et en Coré du Sud, puis sera de retour en France avec Fragments du désir le Samedi 28 Mai à l’Espace Michel Simon de Noisy le Grand.