
Plutôt que d’attendre que les premiers missiles français tombent sur Tripoli, ou d’écouter le décompte des morts au Japon, j’ai préféré aujourd’hui aller me réfugier à la Halle Saint Pierre pour visiter leur nouvelle exposition intitulée « Sous le vent de l’art brut ». Et sous le vent de l’art brut, ce ne sont plus les rugissements du quotidien que j’entends, mais plutôt les murmures, les chuchotements, parfois les cris, parfois les rires de mondes intérieurs d’artistes qui pour une raison ou une autre ont vécu « au-delà du réel », dans leur propre bulle. Et ça me fait du bien de respirer enfin autre chose que la mort…
Les oeuvres présentées ici sont issues de la collection Charlotte Zander aujourd’hui installée au château de Bönnigheim en Allemagne. Peu de choses nous sont dites de Mme Zander, si ce n’est qu’elle commença sa collection dans les annés cinquante, alors qu’elle avait à peine vingt ans, en achetant des ex-voto, des marines et des peintures populaires du XIXème siècle. Aujourd’hui, cette collection riche de plus de 4000 oeuvres brasse dans un joyeux mélange art brut, art populaire, art dit « naïf », bref, tout ce qui sort des clous, toute oeuvre irréductible à un genre, une école, un mouvement.
Sous la cloche de verre de la Halle Saint Pierre, c’est en effet un vent particulier qui me souffle aux oreilles. J’en suis même un peu décoiffée tant les univers présentés sont divers, intenses, multiples, tellement que j’en perds parfois un peu le fil de ma concentration. Comme à chaque fois que je viens à la Halle Saint Pierre, je me promets de revenir, pour revoir et peut-être même seulement voir ce que j’aurais raté lors de cette première visite.
Mais quand même, quelques artistes soufflant un vent puissant m’ont dors et déjà conquise. Je ne les connaissais pas, et leurs univers m’ont captivée.
Par exemple, Ilija Bosilj (1895-1972), un paysan de Voïvodine (Serbie) qui se mit à la peinture à l’huile sur la fin de sa vie, avec des couleurs merveilleuses et des lignes dansantes, inspirées par les contes et légendes serbes, ou la Bible.

Ilija Bosilj : Le grand bourreau (1967), huile sur panneau, 63.5 x 58 cm / collection Charlotte Zander

Ilija Bosilj : Prince Marko, huile sur toile, 68.5 x 84 cm / collection Charlotte Zander
Merveille aussi que la belle écriture manuscrite du boulanger autrichien Johann Fischer (1919-2008), qui s’insère dans tous les espaces blancs de son dessin, et qui me fait rire tout haut quand elle précise dans un coin : « Das ist nur eine Zeichnung! » (Ce n’est qu’un dessin !)

Johann Fischer : Die Jungen, die Heißerin, wenn diese… (1998), mine de plomb et crayons de couleur, 29.7 x 42 cm / collection Charlotte Zander

Johann Fischer : détail de Das ist nur eine Zeichnung (1986) / collection Charlotte Zander
Et les vues de Pologne d’Epifaniusz Drowniak qu’on appelait Nikifor (1895-1968), et dont on sait si peu de choses.

Nikifor : Cathédrale avec un Saint / collection Charlotte Zander
Nikifor : Homme et serveur, aquarelle sur papier, 23 x 18.5 cm / collection Charlotte Zander
Et le maçon français Gaston Mouly (1922-1997), qui fait tourbillonner ses crayons de couleur pour mettre à l’épreuve la solidité des casquettes de gendarmes !

Gaston Mouly : Quels ensembles, la solidité des casquettes (1990), crayons de couleur sur papier, 57 x 76 cm / collection Charlotte Zander
On peut voir toutes ces oeuvres et bien d’autres encore jusqu’au 26 Août 2011 à la Halle Saint Pierre de Paris. Allez-y !
je trouve que tu décris bien l’ambiance des expo de la halle st pierre que j’aime beaucoup. j’ai vu l’expo qui m’a comme d’habitude beaucoup interpellée mieux que dans les expos des musées officiels (qui sont aussi intéressante, mais moins intime).
Merci beaucoup, moi aussi c’est un de mes lieux préférés dans Paris.