Adieu poupée

Jeanne Mordoj : Adieu poupée - photo © Marie Frécon
Jeanne Mordoj : Adieu poupée – photo © Marie Frécon

Quand on lit l’histoire de Jeanne Mordoj, on voit que son monde a depuis toujours été peuplé d’objets en tout genre, collections de cailloux, sculpture bricolées, etc. En fait, Jeanne Mordoj a toujours joué à la poupée. Dans son précédent spectacle, le très beau « Eloge du poil » (2007), Jeanne la circassienne jouait déjà avec des coquillages et des petits crânes d’oiseaux, qui devenaient personnages à part entière, partenaires de jeu de la jeune femme sur le plateau. J’en garde un souvenir fort, un trouble émouvant, une grâce particulière.

En 2010, elle intitule son nouveau solo « Adieu poupée ». Leur dit-elle vraiment adieu, à ses poupées ? Je ne crois pas. Elle leur rend hommage, elle se transforme elle-même en poupée, et même si elle veut s’en libérer, c’est un peu « son peuple » qu’elle nous présente ici. Des dizaines et des dizaines de poupées de chiffons de toutes les formes, de toutes les tailles, qui envahissent le plateau pour le transformer en une véritable installation, et même en un rituel un peu vaudou.

Jeanne Mordoj : Adieu poupée - photo © Marie Frécon
Jeanne Mordoj : Adieu poupée – photo © Marie Frécon

Le plateau au départ convie immédiatement dans mon imaginaire les fantômes de Louise Bourgeois et Henri Matisse et sa célèbre Danse, que les poupées de Mordoj, suspendues en rond dans les airs par des fils invisibles, semblent redessiner de leurs corps de chiffons.

Au milieu de ce peuple de poupées, Jeanne coud. Puis parle à ses poupées et danse avec elles jusqu’à la transe. Elle est elle-même une poupée, elle nous le dit, son corps est rembourré de coton et enveloppé de toile écrue. Mais nous assisterons à sa lente métamorphose en humaine, en être de chair et de sang qui se tient debout face au public, qui nous parle et qui savoure cet échange entre humains.

Pas faciles les échanges entre humains. Souvent la vie moderne les rend encore plus complexes, et même les empêche. Chacun pourtant doit trouver sa façon de communiquer avec ses semblables – sinon nous ne sommes plus humains. Celle de Mordoj, à la croisée du geste, de la parole, des arts « plastiques » (drôle d’expression, mais vous voyez ce que je veux dire), du rituel, n’est pas exempte de maladresses, de quelques longueurs. Mais elle a cette qualité précieuse de la sincérité et de la singularité.

« Adieu poupée » de Jeanne Mordoj et Julie Denisse
Texte de François Cervantes
www.jeannemordoj.com/adieu-poupee

Vu au WIP de la Villette dans le cadre du festival Hautes Tensions.

Prochaines dates de « Adieu poupée sur le site de la compagnie.

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